Nous en étions en 1986 avec la parution du Livre du point de croix de Régine Deforges et Geneviève Dormann.

Nous brodions souvent sur du canevas, la toile de lin ou de coton qui permet de compter les points ne se trouvant pas facilement dans ces années. Nous découvrions enfin des modèles anciens Sajou, Rouyer, Cartier-Bresson…

Ce livre est encore aujourd’hui pour moi une sorte de Bible.  En voici un extrait : ce sont des modèles de la fin du XIX° siècle pour la tapisserie à points comptés.

Tapisserie point compté

 

Je me souviens d’avoir brodé ces petits modèles lors de naissances avec l’initiale de la petite fille et j’ai gardé les numéros de coloris sur un cahier que j’espère retrouver …

Quelques années plus tard en 1991 paraissait le livre d’Anne Marie Giffard : Le petit point.

C’est à cette époque que j’ai commencé à chiner de vieux modèles de broderie et de tapisserie. Anne Marie Giffard, dont le premier métier était antiquaire, m’avait  communiqué son goût pour l’histoire de la tapisserie au point. Cette histoire ancienne puisqu’elle remonterait au temps des croisades a souvent été une histoire de passions et c’est en cela que je la trouve intéressante. En effet les femmes dont on raconte qu’elles aimaient broder sont bien souvent passionnées par ce passe-temps.

Catherine de Médicis aurait confectionné 380 carreaux de tapisserie. Les carreaux servaient de coussins que l’on disposait sur le mobilier ou sur le sol. A cette époque on brode des feuilles d’acanthe, des oiseaux, des fruits.

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Sous Louis XIV on sait bien sûr que Madame de Maintenon tirait l’aiguille mais aussi la reine d’Espagne, Marie Louise de Savoie, qui brode dans son lit. Saint Simon rapporte qu’il rencontre ” le roi, presque tout couché sur des oreillers, la reine à son séant, un morceau d’ouvrage de tapisserie à la main, à la gauche du roi, des pelotons près d’elle, …” Madame de Sévigné  écrit à sa fille qu’elle lui fait parvenir des laines et un canevas ainsi qu’un patron sur quoi elle pourra travailler. L’art des jardins et le commerce avec l’Extrême Orient  inspire les dessins des broderies.

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Sous Louis XV le marquis d’Argenson  rapporte dans ses Mémoires “Tout le monde a pris goût à la tapisserie, Madame de Mailly y mettait tant d’attention qu’elle ne répondit point au roi qui lui parlait …”  Puis le roi Louis XV, de hauts dignitaires de la Cour se mirent à la tapisserie. Enfin Madame Campan rapporte que les filles de Louis XV “rentraient chez elle, dénouaient le cordon de leur jupe et reprenaient leur tapisserie”. Puis ce fut au tour de Marie Antoinette  qui s’adonna aux joies du petit point : “A Trianon Marie Antoinette entrait dans son salon, sans que les métiers fussent quittés par les dames”.

On brode des roses, des guirlandes, des rubans, des paniers…

Le petit point 5

Si l’époque de la Révolution et du premier Empire ne nous a pas laissé de documents, le Second Empire va voir la tapisserie envahir la décoration intérieure.

Tout le monde brode sièges, tapis, embrasses de rideaux, chaises pliantes, réticules, pantoufles, coffres, étuis à cigares, à lunettes… En 1850 on voit l’arrivée du canevas Pénélope et des magazines féminins, on s’arrache les nouveaux modèles, ceux de Berlin, des grilles reproduites chez des éditeurs comme Sajou. On compte désormais les points en les reportant sur le canevas.

Le petit point 1

Enfin l’industrialisation, l’exposition de 1889, l’ouverture des grands magasins, le développement des moyens de communication ouvre une période très riche pour tous les travaux d’aiguilles. De nombreux modèles paraissent dans les journaux comme la Mode Illustrée.

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Après cette petite incursion dans l’histoire grâce à Anne Marie Giffard, nous revoici dans les années 1990 où commence à paraître un magazine qui, après 100 Idées, reste aujourd’hui encore incontournable : Marie Claire Idées. Plusieurs articles sur la tapisserie paraitront, je retiens le numéro 20 où il est question de point de croix mais qui nous offre un modèle tiré des archives DMC et qui rappelle les tapisseries du XVIII° avec ce ruban bleu caractéristique de cette époque. Je l’ai brodé comme il est indiqué sur le modèle : sur du lin 12 fils au cm et avec trois fils de mouliné qui lui donne l’aspect tapisserie.

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Il me reste encore des tas de choses à vous raconter sur ce sujet il y aura donc une partie 4 très bientôt.